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  • Photo du rédacteurElisabeth Legrain

LE SENS DE LA VIE




Chacun s’est posé, à des moments de crise et de transformation, la question du sens de sa vie, et n’a peut-être pas toujours trouvé de réponse satisfaisante. Certaines périodes, quand les repères éclatent, lorsque les paradigmes changent, et que les possibilités d’agir sont restreintes, ouvrent au questionnement existentiel. La ténuité du sens plus global de l’existence apparait, nous laissant désemparés, soudain face à notre transparence. Qu’en est-il de nous, lorsque ce qui emplissait nos jours disparait, lorsque le rapport au réel vacille?

"Je suis dans un de ces jours où je n’ai jamais eu d’avenir. Il n’y a qu’un présent immobile, encerclé d’un mur d’angoisse".


Ecrit Fernando Pessoa, auteur intranquille qui explore passionnément, goulûment, les territoires nus de l’impossible de vivre, épluche les strates de l’immobilité et du non-sens, soupèse l’absurdité, examine le dérisoire, jusqu’à rejoindre un noyau, d’où émane le senti du vivant. Son art sublime "l’expérience de l’inexistence" (la nullité) de toute chose et on y trouve de la jubilation, oui, paradoxalement. La vacuité de l’existence, humée, reconnue, exalte le sentiment d’exister. Etrangeté de cette perception d’une transcendance immanente en parcourant son œuvre.


Même chantre du désespoir, l’être humain a besoin de se projeter. Il pense, en termes d’avant et d'après. Il part de son passé, de son histoire (l’être est langage, donc récit) et s’imagine dans un avenir, court ou vaste, que ce futur s’envisage en mois, en années, ou seulement au lendemain ; au soir ou à l’heure d’après, ou bien encore dans l’après-mort. Cela suppose un discours sur soi et avec soi, donc une distance, une visée plus large, ouverture à autrui, au monde, au lointain, au vaste. Il se projette au travers de ses représentations mentales, de ses idéaux, de ses croyances, de ses valeurs. Il ne peut se construire dans l’irreprésentable, dans l’impensé. Sa pensée, comme ses actes, sont des ponts vers la continuité, la suite de sa vie.


Le discours, le récit nous tiennent debout, vivaces ou chancelants. Notre action dans le monde est notre projet.


Cependant, nous sommes pris dans une apparente contradiction. D’un côté, la conscience d’être un individu parmi presque 8 milliards d’autres, vivant sur une planète située dans une galaxie contenant 100 à 200 milliards d’étoiles, ceci associé à la conscience de l’inéluctabilité et l’imprévisibilité de notre fin, nous porte rapidement au vertige de l’insignifiance et de l’inanité de tout effort, de tout espoir. Sachant de plus que nous ne maitrisons pas grand-chose : le temps, bien sûr, nous échappe, nous conduit vers la disparition, ruine toute illusion et toute espérance de durabilité. A notre échelle, même, à quoi bon souhaiter laisser une trace, alors que les souvenirs des êtres s’effacent progressivement et irrémédiablement.


D’un autre côté, la frénésie de sens, le besoin de remplir sa vie. La place occupée dans la chaine du recevoir et du transmettre, le désir de reconnaissance, la fierté du progrès accompli. Tenir à sa présence sur terre, peser son poids d’humanité, quels que soient ses objectifs, avec ses forces et faiblesses, ses envies de vivre et ses découragements, ses lassitudes, ses allégresses.


"Chacun de nous aspire à la perdurance, à l’appui, au sentiment d’appartenance et au sens ; Pourtant, nous devons tous nous confronter à la mort, à l’absence de socle, à l’isolement et à une absence de sens inévitables.’ (Irvin Yalom, la thérapie existentielle).


N’est ce pas en réunissant ces courants en apparences inconciliables que nous donnons du sens à notre existence ? N’est ce pas dans ce paradoxe que nous construisons ? Cette tension ne produit-elle pas notre énergie de vie ? Nous faisant tenir même lorsque tout va mal, que l’espoir semble perdu, et que les forces déclinent ? Même alors, n’est ce pas cet équilibre où nous nous situons, entre l’absurdité, le néant, et le désir d’expansion, de croissance, qui nous fait tenir à la vie ?


Au-delà de la recherche constante et frénétique de remplissage du vide, nous vivons. Au-delà des questionnements essentiels, et existentiels, nous vivons. Dans les turbulences, dans les difficultés, dans les phases hautes et basses, nous vivons.


Personne n’est dupe, et chacun sait, au fond de lui, qu’il va disparaitre, que tout va disparaitre. Cette conscience rend parfois la vie difficile à supporter. Et pourtant, nous vivons …


D’ailleurs certains estiment que se poser la question du sens est vain, inutile, peu importe de trouver le sens. Il est, donné, évident, ne se remet pas en cause.


Oui, mais … Vivre n’est pas qu’une pulsion. Surplombant le survivre, vivre est un art, un apprentissage.


Nous avons besoin de chercher du sens pour trouver intérêt à la vie, et dans le but de progresser vers ce qu’on estime être le meilleur de soi-même.


Cette quête s’élabore à plusieurs niveaux :


  • Notre représentation mentale du monde : Puiser matière à penser dans les conceptions philosophiques, religieuses, dans nos vécus, nos influences, parmi nos maitres, dans ce qui nous a été transmis.


  • Notre engagement dans le monde : Poser des actes, agir, créer, organiser sa vie, se sentir utile, se mouvoir pour l’amélioration du "vivre ensemble".


  • Notre contemplation du monde : Se sentir un élément de la nature, percevoir l’univers qui nous entoure, accueillir le silence du lointain relié au silence en nous.


  • Notre authenticité dans le monde : avoir pour but d’être soi donne du sens, se rapprocher de son "vrai moi", agir en accord avec qui on est, après s’être perdu dans l’apparence et les faux-semblants, sur-adapté aux normes.


Chaque sujet, face à lui-même, ne s’invente-t-il pas un destin, une façon d’occuper le monde dans l’instant où il s’y trouve, poussé par la vie, responsable, sommé de faire face à l’inéluctable, engagé quoi qu’il advienne, quoi qu’il en pense ?


Ainsi, le parcours d’une vie possède une cohérence, où tout fait sens. Il prend sa valeur par le regard introspectif sur le passé.


Donner sens à la vie, c’est l’aimer en étant lucide : sans illusions, et avec pleine conscience de la difficulté qu’elle représente. Supporter les déceptions, les désillusions inhérentes tout en l’appréciant, tout en la désirant, pour ce qui s’offre à nous, dans le pur moment. Un noyau quelque part d’où émerge soudain un sentiment de bonheur, d’allégresse. Un matin serein et doux. Un travail accompli. Un échange positif. Un projet qui avance.


« L’univers n’a rien à nous vendre, et rien d’autre à offrir que lui-même – rien d’autre à offrir que tout ». (André Comte-Sponville, Impromptus).

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